La France et l’Italie font partie des nations qui ont participé à l’essor de l’automobile dans le monde et qui ont contribué à son progrès grâce à une culture du sport automobile. Deux nations au destin différent qui cultivent pourtant, à leur manière une certaine passion pour l’automobile. Des liens forts qui ont influencé, par moments, nos constructeurs français. Je vous propose de faire un tour d’horizon de ces voitures françaises à l’accent italien : mama mia !

Simca, le constructeur franco-italien

Simca est sans doute le constructeur français avec la plus grande influence italienne puisqu’il n’est autre que la filiale de Fiat en France. Pour éviter les lourdes taxes douanières à l’importation, Fiat a décidé, face au succès de ses modèles, de les fabriquer directement sur le territoire. Le 2 novembre 1934 est créée la « Société Industrielle de Mécanique et Carrosserie Automobile », une société 100% française dans laquelle se dissimule Fiat. Les premiers modèles seront donc des modèles Fiat badgés Simca-Fiat. La Simca 5 est un parfait exemple en étant une Fiat Topolino avec le logo Simca. Très vite, le logo évoluera pour faire disparaitre la mention de Fiat, mais il fallut attendre 1951 pour voir la première voiture qui n’est pas qu’un simple rebadgage. Bien que partageant les mêmes techniques (caisse autoporteuse), la Simca 9 Aronde est différente de la Fiat 1400. Elle possède quand même un moteur Fiat et les modèles qui suivront continueront à être soit des projets Fiat, soit des projets Ford avec le rachat de Ford SAF en 1954. La dernière voiture vendue sous le nom Simca, le 1100 trouvera son pendant chez Autobianchi avec la Primula.

Fiat se désengagea de plus en plus, en vendant la majorité de ses parts à Chrysler en 1962, car le nouveau marché commun permettait au constructeur de créer une nouvelle filiale et d’importer directement ses propres modèles en France.

Au sein de la gamme, certains modèles auront une connotation encore plus italienne comme les Abarth-Simca nées d’un accord de coopération entre Simca et le préparateur de Fiat en Italie. Naitra l’Abarth-Simca 1300 GT, une version course basée sur la Simca 1000, mais disposant d’un moteur et d’une conception Abarth. C’est d’ailleurs le premier grand projet pour le préparateur plutôt habitué aux préparations légères. Chez Alepoc, nous avons eu la chance d’approcher l’un de ces exemplaires lors du salon Auto e Moto Epoca de 2022.

Enfin dernière déclinaison très italienne, la Simca 1000 coupé by Bertone dessinée par le célèbre Giorgetto Giugiaro. Encore un Italien !

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Pininfarina, le style italien

Une marque française grandement façonnée par l’Italie, mais les autres grands constructeurs ont tous eu une certaine influence italienne. Du côté de Sochaux, le lion s’éprit pour les divas italiennes et noue une grande collaboration avec Pininfarina pour le dessin de ses voitures. Une collaboration importante qui donnera naissance à de nombreux modèles. 403 et 403 cabriolet, toute la famille 404, les PEUGEOT 504 coupé et 504 cabriolet et même les 205 cabriolet et 406 coupé (lire Peugeot 504 coupé : la roturière en robe de soirée). Du mot du carrossier, c’était sa deuxième plus grosse collaboration après Ferrari, rien que ça !

D’ailleurs, en parlant de Ferrari, saviez-vous que le Commendatore adorait se déplacer en Peugeot ? Cela semble étonnant quand on a sous la main les machines de tous les fantasmes, mais dans une récente interview du chauffeur privé d’Enzo Ferrari (Dino Tagliazucchi), on apprend qu’il n’avait qu’une Ferrari 365 GTB dans son garage qu’il sortait pour certaines promotions commerciales. Le reste du temps, Enzo adorait se déplacer en Peugeot 404. Son chauffeur se souvient de l’avoir transporté dans des Peugeot 504 berline et 504 coupé jusqu’à ce que Fiat, le nouvel actionnaire, fasse pression pour utiliser des modèles du groupe. Cet amour incongru est dû à une bonne publicité faite par son ami Giovanni-Battista Farina qui lui a vanté les qualités dynamiques des Peugeot. Une collaboration fructueuse donc ! Enfin, en grand compétiteur qu’il était, Enzo souhaitait que sa voiture démarre le plus vite au feu tricolore. Il avait trouvé cette qualité chez les Peugeot, que les Fiat contemporaines n’avaient pas. Un homme de goût !

Il se murmure même que la première vraie voiture à quatre roues à avoir roulé en Italie était une Peugeot Type 3 en 1893 !

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Le mariage incongru de Citroën et Maserati

L’autre grande fierté nationale, que j’ai nommée Citroën, a également été grandement influencée par le savoir-faire italien. Tout comme Peugeot, les lignes révolutionnaires des Citroën mythiques sont dues à un designer italien très connu, Flaminio Bertoni. Ils ne sont pas doués que pour les Pizza ! Citroën Traction Avant, 2CV, Citroën DS ou encore Citroën Ami 6 proviennent de sa planche à dessin.

Citroën a également eu des relations étroites avec les constructeurs italiens notamment Fiat qui est entré à son capital en 1968 et qui a fini par détenir près de 25% du constructeur à l’aube des années 1970. Une décennie qui faillit faire basculer notre fleuron sous le drapeau italien lors de sa faillite en 1974, mais on connait tous l’histoire, l’Etat a bloqué le processus pour éviter la fuite de l’industrie à l’étranger et Peugeot a été contraint d’absorber Citroën.

Bien entendu, on ne pouvait pas ne pas évoquer le rachat de Maserati par Citroën en 1968 qui a permis la création de la fabuleuse Super Maserati, à moteur V6 Maserati. Une voiture dotée du meilleur des deux constructeurs. L’innovation et le confort de Citroën avec la noblesse mécanique italienne. Une voiture merveilleuse qui sera un échec à cause du choc pétrolier et de sa fiabilité.

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Renault et Alfa Romeo, une histoire sous tension

Du côté de la régie Renault, l’aventure italienne prend la tournure d’un accord bilatéral avec Alfa Romeo pour la production sous licence et la distribution en Italie de la Renault Dauphine. Un accord né d’une volonté, pour le constructeur italien spécialisé dans les sportives, de couvrir le marché de la petite voiture sans gros investissements ruineux pour pouvoir concurrencer l’hégémonie Fiat. Renault de son côté souhaite s’étendre en Europe, mais se heurte aux droits de douane toujours conséquents même si le traité mettant en place la CECA scelle une étape dans la construction d’un marché commun. En 1959, l’Alfa Romeo Dauphine sort de l’usine de Portello à côté de Milan. Le modèle est sensiblement le même à quelques détails d’homologation près. On a eu la chance de croiser un exemplaire au dernier salon de Padoue. Un peu plus de 73 000 exemplaires (dont 2000 Alfa Romeo Ondine) sortiront des chaînes d’assemblage en presque 7 ans, mais le projet n’est pas un franc succès avec de nombreuses tensions entre les deux marques. Alfa Romeo accusait Renault de bloquer l’évolution du modèle pour répondre aux besoins de la clientèle. Également Renault n’aurait pas respecté les termes du contrat en proposant à la vente, dans son réseau italien, la Dauphine et en n'ayant jamais distribué de Giulietta en contrepartie.

On ne peut pas évoquer Renault sans parler du « sorcier » Gordini. Ce féru de mécanique a créé sa réputation avec la préparation de moteurs de course. Il a d’abord opéré chez Simca avec la Simca 5 Gordini qui a remporté les 24h du Mans dans sa catégorie en 1937 et battu le record du tour de l’autodrome de Montlhéry en 48h. À partir de 1951, Gordini devient indépendant et multiplie les projets, notamment, en F1 avant de travailler en 1957 pour Renault, sur le moteur de la Renault Dauphine Gordini. Ce projet sera suivi par le plus illustre de ses projets, la R8 Gordini qui a permis à de nombreux pilotes de se faire connaître via la coupe R8 Gordini. Une fierté pour cette homme issu de la compétition qui voit son nom être racheté par Renault en 1969. D’autres projets sortiront avant sa mort, dont la R12 et R17 Gordini.

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Le sport automobile à l’italienne

L’Italie étant une terre sportive, il n’était pas rare de croiser des modèles de nos constructeurs nationaux. La course des Mille Miglia a pu voir, entre 1927 et 1957, courir des Citroën Traction 11B et 15 Six ainsi que des DS19. Chez Peugeot, ce sont les Peugeot 203 et 403 qui ont participé à cette course légendaire. Chez Renault, l’histoire est un peu plus marquante avec la participation des Renault Dauphine et 4CV. La 4CV a d’ailleurs remporté la première place de son classement pour l’édition 1952 entre les mains de Pons et d’un certain Rédélé. Les multiples succès en compétition de la 4CV ont fait germer dans la tête de Rédélé son projet de voiture plus légère et plus sportive. La première Alpine est née de cette volonté avec une carrosserie dessinée par l’italien (encore un) Michelotti et propulsée par la mécanique de la 4CV. Pour faire connaître son nouveau modèle, Rédélé l’a engagé dans de nombreuses courses, dont les Mille Miglia en 1956 qui se soldera par une victoire de classe. La légende Alpine s’est créée.

Nos constructeurs français ont tous eu des relations étroites avec la culture italienne très influencée par la compétition automobile et le goût du style. Des nations qui étaient obligées de se croiser tôt ou tard, pour finalement fusionner récemment pour créer le groupe Stellantis. Finalement, Citroën retrouve Maserati et fait partie du même groupe que Fiat. L’histoire est toujours pleine de surprises !