50 ans de la Peugeot 104 : la petite lionne sort ses crocs
4 octobre 1972, un jeune lionceau a été aperçu pour la première fois dans la capitale française. Des témoignages localisent sa position, il se trouverait au Palais de Chaillot à Paris. Les visages se délient à son passage, est-il venu faire une visite de la Tour Eiffel ? Non, nous ne sommes pas sur ARTE en train de regarder un documentaire animalier. Sous le toit néo-classique du palais, est présentée la petite révolution en prévenance de Sochaux, la Peugeot 104. Sous les yeux des concessionnaires européens se trouve la plus petite Peugeot de son temps. Sur les portes de sa carrosserie inédite, elle affiche fièrement son flocage publicitaire mettant en scène une 104 dans un pied à coulisse scandant « la 4 portes la plus courte d’Europe ». Une autre publicité arbore quant à elle « Tout Peugeot en 3.58 m ».
Un chiffre qui la suivra jusqu’à la fin de sa carrière. Le lionceau est prêt, il fait son bain de foule le lendemain au Salon de l’Auto de Paris. Retour sur son histoire.

La Peugeot 104 : première Peugeot à traction
Dans les bureaux d’études de Sochaux, une certaine révolution a été mise en place depuis le milieu de la dernière décennie. Plutôt habitué aux berlines classiques destinées à une certaine frange de la population, Peugeot commence à appréhender de nouveaux segments. La Peugeot 204 arrive en 1965 et sous sa carrosserie d’apparence traditionnelle – il ne faut pas trop bousculer les habitudes – se cache une architecture traction inédite pour le constructeur. Cette première traction avant ouvrira la voie à de nouvelles voitures, dont la 304 qui sera une évolution de la 204 et cette nouvelle 104. Le segment visé des citadines correspond parfaitement à cette architecture traction qui permet un meilleur encombrement au profit de l’espace à bord. Certes le rayon de braquage est moins bon que sur une propulsion, mais cette conception permet d’offrir une grande polyvalence d’utilisation pour le citadin des années 1970. D’ailleurs, le lion ne s’y trompe pas, son rival au losange lance la même année sa nouvelle vision de la citadine avec la Renault R5 (lire : 50 ans de la R5, elle ne manque pas d'air). La petite Renault éclipsera un peu la 104 qui a pourtant de nombreux arguments à offrir.
Son style signé Paolo Martin est bien réalisé et dans l’air du temps. La marque a la bonne intuition de proposer rapidement une déclinaison coupé 2 portes avec hayon dès 1974. Un double choix qui ne sera possible qu’en 1980 pour sa rivale. Une déclinaison qui m’a fait mentir un peu plus haut, la 104 n’a pas fait que 3m58 de long puisque cette version coupé fait 3m30 ! Une taille ridicule qui met en avant son premier atout, sa faculté de déjouer les bouchons en pouvant se faufiler partout. Les rues de nos centres-villes historiques l’accueillent à bras ouverts.

Le Moteur X pour la Peugeot 104
Sous le capot…. Attendez stop ! Et si je vous disais que derrière son capot, se cache un peu de Renault ? Sacrilège pour certains ! Pour ceux qui ne sont pas partis en faisant une syncope, je vais vous présenter une mécanique moderne. En 1969, Renault et Peugeot s’entendent pour produire des pièces mécaniques communes. Ils choisissent Douvrin (non pas pour son climat) mais pour implanter une usine de fabrication de moteurs qui doit produire plus de 6000 unités par jour. L’aventure de la Française de Mécanique est née et prend forme avec l’apparition du « Moteur X ». Présenté pour la première fois sur la 104, ce moteur 4 cylindres en ligne a une architecture moderne. Fabriqué en aluminium avec culbuteurs et arbre à cames en tête, il est entraîné par chaîne et placé transversalement à l'avant. Il est reconnaissable par son inclinaison vers l'arrière de 72° ainsi que par sa boîte de vitesses placée en dessous. La transmission primaire par pignon émet un sifflement reconnaissable de tous.
Il apparaîtra en premier lieu dans une cylindrée de 954 cm3 pour 45 ch. La 104 n’aura le droit qu’à ce moteur qui évoluera en deux autres cylindrées par accroissement de l’alésage et de la course.
Un moteur assez silencieux qui met en avant le confort global de la 104. Sa petite taille réserve ironiquement une excellente habitabilité pour quatre personnes et ses suspensions aux réglages souples assurent un réel confort de roulage. Le châssis est aussi bien pensé avec une tenue de route exemplaire qui permet à la Peugeot 104 de s’aventurer hors des zones urbaines. La Peugeot 104 honore la tradition Peugeot avec ses qualités routières, elle y fera encore plus honneur en 1975 avec l’apparition de la version pimentée ZS.

Peugeot Sport : le développement
Peugeot n’est pourtant pas habitué aux voitures de sport, mais les récentes victoires des 504 en rallye le poussent à développer un département sportif. Une petite équipe qui va finir par donner naissance à la 104 ZS. Les jeunes aiment le sport auto, il faut donc leur plaire ! Une première incursion dans le monde de la petite sportive qui pose les bases de la future successtory GTi. La pièce maîtresse se retrouve sous son capot où on retrouve le Moteur X dans une déclinaison 1124 cm3 et 66ch. Assez creux en dessous de 3000 tr/min, il s’envole au-delà avec aisance jusqu’à 7000 tr/min. Le faible poids de 855 kg permet de compenser la puissance modeste et permet à la ZS de tutoyer les 155 km/h. Côté châssis, il ne fallait pas trop bousculer les habitudes de chez Peugeot et malgré les barres antiroulis plus grosses et des ressorts raccourcis et raffermis, la voiture continue à prendre pas mal de roulis. Mais le tempérament sportif est bien présent et avec son volant trois branches, son compte-tours, ses sièges inédits, ses phares à iode et ses jantes spécifiques, elle claque ! L’ancêtre de la Peugeot 205 GTI plaît et séduit les jeunes et les moins jeunes.
L’épopée sportive de la 104 ne s’arrête pas là puisqu’en 1979, sort le Graal de la 104, la ZS2. Cette série limitée à 1000 exemplaires, sert à homologuer la version rallye Groupe 2. Sous le capot, on retrouve la troisième évolution du Moteur X portant la cylindrée à 1360 cm3 pour 93 ch grâce à une nouvelle culasse, de nouveaux carburateurs et arbres à cames. Cette fois-ci, le châssis est modifié plus en profondeur avec un renforcement en plusieurs points. La suspension reste toujours trop souple, mais des kits proposés par le préparateur Arvor pouvaient y remédier. A l’extérieur, la 104 soigne son look sportif avec une peinture gris Vulcain, des bandes rouges, des jantes Amil en 165, un pare-chocs à double entrée d’air à l’avant et des rétroviseurs profilés. La ZS2 affiche fièrement une allure très eighties et c’est la même chose à l’intérieur avec une sellerie en tissu noir et un tableau de bord en aluminium – si on avait coché l’option Jaeger - doté de manomètres (pression d’huile ; température d’eau et d’huile). Avec un prix similaire à celui de la Peugeot 504, la Peugeot 104 ZS2 se montre élitiste mais elle était indispensable pour gagner en notoriété sportive. Une notoriété acquise aussi grâce à quelques succès en rallye dans le Groupe 2 avec une victoire de classe au rallye d’Antibes et au Tour de Corse 1976 pour le duo Mikkola-Todt. Un esprit rallye qui se retrouvera sur la route avec des kits rallyes proposés par Peugeot qui modifiaient soit la carrosserie, soit le moteur.
La ZS classique continua à animer la gamme sportive avec l’adoption en 1980 du moteur 1360 cm3 dégonflé à 72 ch octroyant plus de couple à bas régime. La S, version sportive cinq portes apparue l’année précédente, y aura aussi le droit. Elles se distinguent par leurs bandes latérales rouges ou grises, leurs rétroviseurs Vitaloni Californian et une sellerie reprise de la ZS2. En 1982, la ZS passe à la cinquième dimension en adoptant une boîte 5. L’année suivante, la dernière évolution apparaît avec le même moteur porté à 80 ch. La suite sera laissée à la 205 GTI et T16.


Les prototypes de la Peugeot 104
De l’autre côté du spectre, la Peugeot 104 continue sa vie paisible de citadine avec l’adoption d’un hayon en 1977, en même temps que le moteur 6CV. Très pratique pour charger des caisses d’Armagnac. Quelques changements classiques sont à noter avec un nouveau tableau de bord en 1980 et une nouvelle face avant un peu plus angulaire en 1982.
La petite Peugeot n’aura donc jamais dépassé les 3m58. Pourtant, de nombreuses propositions ont été faites pendant sa carrière. Version berline tricorps, break et même pick-up ont été proposées, mais le risque de cannibalisation avec les autres modèles du constructeur a eu raison de ces prototypes. Il reste aujourd’hui un seul exemplaire du pick-up qui a été restauré par un particulier. La 104 aurait pu condenser tous ces concepts à la fois, avec le détonant concept 104 Pininfarina Peugette de 1976. Une voiture ludique et moderne avec une conception symétrique permettant de réduire ses coûts de fabrication. Avec un prix inférieur à la ZS, elle aurait pu faire un tabac mais Peugeot avait encore une vision trop traditionnelle pour se lancer dans un tel marché.

La 104 laisse peu à peu place au nouveau sacré numéro la 205, avec une gamme simplifiée dès 1983 et même un style qui s’en rapproche avec une nouvelle calandre à trois barres en 1987. En 1988, c’est l’heure de la retraite après 1 624 992 exemplaires produits. La Peugeot 104 aura donc été un marqueur du renouveau de la marque au Lion et laissera dans le groupe son héritage avec les Talbot Samba et Citroën LNA / Visa qui dérivent d’elle.
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Joyeux cinquantième anniversaire !
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