Bleue, sans pare-chocs, arceau vissé dans l’habitacle et longue portée au museau : la Renault 12 Gordini n’a rien d’une berline familiale. Nous l’avons emmenée sur les petites routes du Tarn, de Blaye-les-Mines à Puycelsi, pour comprendre pourquoi cette voiture populaire française rend sympathiques tous ceux qui la croisent… et qui la conduisent !

Un mot d’histoire : de la R12 à la Gordini

La Renault 12 est présentée en 1969 pour succéder à la Renault 8 et compléter la Renault 16. Elle adopte une architecture très moderne pour l’époque : traction avant, freins à disque à l’avant, carrosserie tricorps sobre et efficace, signée Gaston Juchet. Elle devient vite une championne de la route pour les familles, vendue par centaines de milliers d’exemplaires et fabriquée aussi à l’étranger, notamment en Roumanie sous le nom de Dacia 1300.

Renault sait aussi que ses clients veulent un peu de piment. La marque a déjà goûté au succès avec les Renault 8 Gordini, ces petites bombes bleues à bandes blanches qui ont fait naître des pilotes légendaires sur circuit comme en rallye. Amédée Gordini, surnommé « le Sorcier », a transformé les Renault ordinaires en voitures de course aussi vives que charismatiques. (lire R8 Gordini : 60 ans de la légende sportive populaire)

En 1970, la R12 reçoit son tour de baguette magique. Le moteur passe à 1 565 cm³ et reçoit une alimentation par deux carburateurs Weber double corps. La puissance grimpe à environ 113 ch DIN. La boîte passe à cinq rapports. La voiture arbore la livrée bleue Gordini avec ses bandes blanches, avec aussi des jantes spécifiques et un habitacle plus sportif. C’est une berline familiale qui se découvre un caractère de petite sportive, capable de flirter avec les 185 km/h.

La version « coupe Gordini », celle qui nous intéresse ici, prolonge cet esprit. Elle s’inspire des voitures de compétition de la Coupe Gordini : arceau, allègement, absence de pare-chocs. Ce n’est pas une voiture pour aller chercher le pain, c’est une voiture pour faire plaisir. Elle est d’ailleurs devenue la voiture emblème d’ALEPOC, car elle illustre tout ce que l’on aime : un modèle populaire, accessible, qui garde l’élan d’une époque où l’on osait.

Road-trip dans le Tarn : entre sport et patrimoine

Il y a des voitures qu’on regarde. D’autres qu’on écoute. La R12 Gordini fait les deux avant même que la première côte ne se présente. Elle est à peine dehors qu’un passant s’arrête, le sourire déjà accroché au visage. « Une Gordini ! Mon oncle en avait une, il la lavait tous les dimanches. »

Une phrase qu’on peut régulièrement entendre. Elle résume ce qu’est le capital sympathie d’une populaire française des années 70. Personne ne vous regarde de travers. On vous fait des signes, on vous klaxonne gentiment, on vous demande si elle « marche bien ». Elle marche très bien, d’ailleurs.

Blaye-les-Mines, premier rendez-vous avec le passé

Pour cet essai road-trip, nous partons de Blaye-les-Mines, ce coin du Carmausin façonné par le charbon. Le musée de la mine rappelle ce que le pays a demandé à ses hommes, et on s’y sent vite un peu humble. Le paysage porte encore les cicatrices de l’exploitation : l’immense découverte, les terrils, les vieux bâtiments de métal.

Garée devant le musée, la Gordini fait un drôle d’effet. Elle appartient à la même époque que ceux qui travaillaient ici, celle où l’on achetait sa voiture avec le premier vrai salaire stable, et où elle devenait fierté, outil et loisir du dimanche. La R12 a été pensée pour eux. C’est une voiture populaire au sens noble : robuste, spacieuse, facile à vivre. La Gordini, elle, est l’étincelle qu’on offrait à ceux qui avaient envie de s’amuser.

Au volant : nerveuse, vocale, étonnamment moderne

On parle toujours trop vite des anciennes comme de voitures « à l’ancienne ». La R12 Gordini casse le cliché dès les premiers kilomètres.

Le quatre-cylindres de 1 565 cm³ de 113 ch DIN chante, il n’a rien d’un moteur de berline. Les carburateurs aspirent, l’échappement gronde sans agresser. Au ralenti, c’est un murmure sportif. Au-dessus de 4 000 tr/min, la voix se durcit et la voiture pousse avec envie. On a l’impression de piloter une voiture beaucoup plus légère et plus vive que ce qu’annonce sa silhouette tricorps.

La direction est directe, l’avant se pose sur la trajectoire sans discuter, et la traction donne cette sensation de sécurité dont les sportives de l’époque, souvent propulsions, ne pouvaient pas se vanter. Certes, il faut anticiper les transferts de masse en entrée de virage serré pour éviter le sous-virage, mais la R12 Gordini récompense celui qui la conduit avec précision plutôt qu’avec les bras.

Et puis il y a la boîte. Le levier au plancher, avec cinq rapports, tombe bien en main. Dans cette version à arceau, la caisse est plus rigide, et cela se sent dans la précision des commandes : on rentre les vitesses sans trop se battre, avec cette petite résistance mécanique qui fait plaisir. Les freins à disque aux quatre coins, ventilés à l’avant, font le reste. Ils transforment une voiture de 1972 en machine presque moderne à conduire. Après une descente un peu longue, on freine encore sans arrière-pensée, et c’est un vrai luxe quand on roule sur des départementales sinueuses.

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L’habitacle est celui d’une voiture de course tolérée sur route. L’arceau encadre la vue, les sièges baquets sont enveloppants, le volant est petit et la sonorité envahit tout. Pas de climatisation, pas d’insonorisation, pas d’excuses. Juste le plaisir brut de rouler.

Monestiés, puis Cordes-sur-Ciel : le patrimoine à portée de pare-brise

Nous quittons Blaye pour Monestiés, accroché à son vallon. Le village aligne ses maisons de pierre et de briques roses autour de ruelles étroites. L’église Saint-Pierre et la chapelle Saint-Jacques abritent des trésors de sculpture médiévale.

La Renault 12 se faufile entre les murs et attire l’œil des visiteurs. Un couple de retraités s’approche, photographie la voiture, nous raconte qu’ils ont eu une Renault 12 break pour partir en vacances en Bretagne.

Puis vient Cordes-sur-Ciel. La bastide fondée au XIIIe siècle s’élève sur son éperon, et il faut attaquer la rampe pavée pour en atteindre le sommet. Je m’y engage prudemment, car la Gordini et sa suspension affermie n’aime pas les pierres mal alignées. Quelle montée ! Le moteur monte en régime, le son rebondit sur les façades gothiques, et les touristes s’écartent en souriant. Aucune supercar n’obtiendrait une pareille bienveillance.

Du haut de la cité, le panorama sur la campagne tarnaise rappelle pourquoi ce département reste l’un des plus beaux terrains de jeu pour les amateurs de voitures anciennes : peu de circulation, des routes variées, des villages au caractère affirmé.

Une halte gastronomique s’impose avant de continuer notre road-trip.

Vaour et le Garage Guibal : quand la Gordini retrouve la maison

Si l’essai avait une étape sentimentale, ce serait celle-ci. À Vaour, nous poussons la porte du Garage Guibal. Au-dessus de l’entrée, une ancienne enseigne Renault a survécu au temps. Le père de l’actuelle équipe était agent de la marque. Il a vendu et réparé des Renault pendant des décennies, dans ce village où le garagiste était connu comme le loup blanc.

Les gérants nous accueillent avec une chaleur sincère. Ils regardent la Gordini comme on regarde un cousin qu’on n’a pas vu depuis longtemps. L’un d’eux se penche sur le moteur, reconnaît immédiatement l’odeur de la voiture, évoque le souvenir d’une R12 passée dans l’atelier à l’époque.

C’est ce genre de rencontre qui donne tout son sens à la préservation des voitures populaires. Préserver les voitures anciennes, c'est aussi conserver les savoir-faire, les souvenirs et les traces d'une époque où le garage était souvent bien plus qu'un simple lieu de réparation.

Puycelsi, Penne, Larroque : trois escales au cœur du Tarn

Nous prenons ensuite la direction de la forteresse de Penne. Ses ruines dominent les gorges de l’Aveyron et jouent les sentinelles de pierre sur un éperon vertigineux. Il y a quelque chose de théâtral dans cet endroit. La route qui y mène serpente, les virages s’enchaînent, la R12 Gordini y trouve un terrain idéal. Je me surprends à jouer de la boîte à chaque épingle, à chercher la bonne vitesse avant le freinage, à savourer le talon-pointe que les pédales permettent sans effort.

Larroque nous accueille plus calmement. C’est une étape plus discrète, un village qui ne cherche pas à plaire aux visiteurs pressés. On y apprécie l’authenticité du Tarn, loin des foules, où la R12 Gordini devient une compagne de promenade plutôt qu’une attraction.

La dernière halte nous mène à Puycelsi, nid d’aigle perché au-dessus de la forêt de la Grésigne. Ses remparts, ses ruelles et ses vues sur la vallée offrent un final parfait. C’est dans ces instants-là que l’on comprend que la R12 Gordini n’est pas une simple voiture ancienne : c’est un morceau de culture populaire française.

Faut-il acheter une Renault 12 Gordini aujourd’hui ?

Soyons clairs : oui, si vous aimez les voitures de collection qui se conduisent vraiment. La R12 Gordini est aujourd’hui une voiture de plus en plus recherchée. Elle est rare, charismatique, mécaniquement abordable, et bénéficie d’un capital sympathie immense. Sa cote est moins élevée que celle de la mythique Renault 8 Gordini.

Ses forces 

La mécanique Cléon-Alu est réputée robuste et facile à comprendre. Les freins à disque, la boîte à cinq rapports et la traction offrent un comportement sain et agréable. La réputation de la Gordini lui assure aussi une belle cote auprès des amateurs de populaires françaises sportives. Sans oublier le plaisir de conduire, qui reste son meilleur argument.

Ses faiblesses

La corrosion reste le premier ennemi : bas de caisse, planchers, passages de roues, bas de portes. Il faut aussi surveiller les carburateurs, qui demandent un réglage soigné et une bonne synchronisation, ainsi que l’état de l’allumage. Sur le plan mécanique, on regardera de près l’embrayage, les synchros de boîte, le circuit de refroidissement et l’étanchéité du moteur.

C’est précisément là qu’ALEPOC joue un rôle précieux. Une R12 Gordini bien entretenue réclame des pièces de qualité : pièces d’allumage, carburation, joints, éléments de freinage, courroies, composants de refroidissement. Pour qui veut rouler régulièrement, c’est le meilleur moyen de profiter de sa voiture sans stress.

Le bilan : Un road-trip mémorable 

Nous avons traversé des lieux chargés d'histoire, rencontré des passionnés et découvert un territoire dont la richesse dépasse largement les sites les plus connus.

La Renault 12 Gordini nous a accompagnés d'une étape à l'autre, sans jamais perdre son pouvoir de séduction. Elle est nerveuse, sonore, précise, étonnamment moderne pour son âge. Elle déclenche sourires et conversations partout où elle passe. Elle raconte aussi une époque où la voiture populaire française avait le droit d’être joyeuse et un peu insolente.

Au fil des kilomètres, les regards se sont tournés vers elle. Quelques sourires, des pouces levés et des échanges improvisés rappellent que cette voiture possède une immense cote de sympathie. Elle évoque la compétition, les souvenirs de jeunesse et une époque où les sportives françaises savaient rester proches du quotidien.

Moteur
Type 4 cylindres en ligne
Cylindrée 1 565 cm³
Distribution 8 soupapes
Alimentation 2 carburateurs Weber 45 DCOE double corps
Puissance maximale 113 ch à 6 250 tr/min
Couple maximal 140 Nm à 4 500 tr/min
Transmission
Boîte de vitesses Manuelle à 5 rapports
Transmission Traction avant
Position du moteur Longitudinale, en porte-à-faux avant
Châssis et trains roulants
Suspension avant Roues indépendantes
Freins avant Disques ventilés de 228 mm
Freins arrière Disques pleins de 228 mm
Empattement 2 441 mm
Voie avant 1 340 mm
Voie arrière 1 335 mm
Dimensions et poids
Longueur 4 300 mm
Largeur 1 636 mm
Hauteur 1 395 mm
Poids à vide Environ 940 kg
Volume du coffre 420 litres
Performances
Vitesse maximale 185 km/h
0 à 100 km/h 11,4 secondes
400 m départ arrêté 17,4 secondes
1 000 m départ arrêté 32,5 secondes
Rapport poids/puissance 8,3 kg/ch
Consommation
Consommation mixte Environ 13 l/100 km
Consommation sportive Environ 21 l/100 km

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